Chronique]
Dismal
Un petit bijou. Quelle meilleure description que celle-ci pour « Rubino Liquido» ? Car si certains groupes cherchent à rattraper des courants musicaux porteurs, les italiens de Dismal s’éloignent des routes tracées pour défricher une terre médiane, trait d’union entre les méandres gothiques et les contrées médiévales, les plages de silicium de l’électronique et le bois patiné des instruments à cordes. Le dialogue s’instaure entre la délicieuse Ae et le ténébreux Afelio, joutes baroques entre une voix aérienne et un chant typiquement gothique, constructions alambiquées et prenant l’auditeur à contre-pied, envolées majestueuses ou descentes vertigineuses vers les chuchotements, notes de cristal ou guitares lourdes en arrières-plans nourries d’orchestrations tour à tour saccadées et lancinantes. Et les mouvements de s’articuler dans un opéra multi époques, Venise tombe les masques sur « Chemical Nature of Rubedo » à l’obédience new wave évidente, croisement des époques vers l’Angleterre victorienne d’Elfman et « Sleepy Hollow » , choc naturels bien vite encaissés pour qui se laisse prendre au jeu. Car si certains aspects paraissent simplistes voir grandiloquents, telle la boîte à rythme qui aurait mérité beaucoup plus d’attention, « Three Scarlet Drops » fait figure d’expérimentation inédite, une machine à remonter le temps épileptique oscillant entre le XIXème siècle, les années 90 et le XXIème siècle, hasardeuse confrontation d’ambiances qui au final prouve la pertinence de la théorie élaborée par Dismal, jamais prévisible et envoûtante, qui s’écoute encore et encore pour en saisir les circonvolutions et la beauté.
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